samedi 26 septembre 2015

Old Filth

Sir Edward Feathers a pris sa retraite avec son épouse Betty dans le Dorset. Homme de loi, célèbre dans sa profession sous le nom de Filth, il a connu un destin exceptionnel de la Malaisie à l’Angleterre en passant par Hong Kong. Enfant du Raj, l’Empire britannique, il fut envoyé au pays pour y être éduqué comme un gentleman.
Alternant entre présent et passé, Jane Gardam, dessine le portrait d’un homme complexe qui a appris à dissimuler ses faiblesses. Un délicieux parfum suranné et so british se dégage de ce texte très réussi, qui dévoile certains secrets mais ne révèle pas tout. Tous les mystères qui entourent son couple avec Betty et sa vie à Hong Kong ne sont pas levés.
Ce roman peut se lire indépendamment, mais si comme moi, vous vous êtes attachés à ce bon vieux Filth vous serez ravis d’apprendre que deux autres romans poursuivent et clôturent ses aventures à paraître en 2016. 
Le maître des apparences, Jane Gardam, J.C Lattès, 2015

jeudi 1 janvier 2015

Shotgun Lovesongs

Quatre amis d'enfance se retrouvent à Little Wing pour le mariage de l'un d'entre eux. Contrairement aux autres, Hank est toujours resté là. Il a repris la ferme de son père et s'est marié avec Beth avec laquelle il a eu deux beaux enfants. Lee, quant à lui, est devenu une rock star célèbre. Entre les tournées et les enregistrements de ses albums, il vient se ressourcer auprès de ces amis et sur cette terre qu'il chérit. Ronny a eu aussi son heure de gloire lorsqu'il était champion de rodéo. Après un accident cérébral, il fait l'objet de toute l'attention de ses copains. Kip, lui, était un courtier en banque. De l'argent, il savait en ramasser à la pelle pourtant il fait le pari de revenir, de redynamiser l'économie locale et de rénover le vieux complexe de la fabrique.
Tour à tour, les quatre amis et Beth, la femme de Hank, prennent la parole, se remémorant leurs vieux souvenirs et racontant aussi leur présent. Ce système narratif permet d'éclairer les relations des personnages entre eux, de mieux comprendre leurs désirs, leurs interrogations. Quatre amis, quatre mariages ponctuent cette histoire attachante. A travers eux, Nickolas Butler décortique le sentiment d'appartenance ainsi que les liens puissants qui se tissent durant l'enfance. Cette amitié, si facile à donner enfant, nécessite des efforts et des attentions constantes lorsque l'on devient adulte. Le ton est juste, on s'attache à cette bande de copains qu'on n'a pas envie de quitter. En arrière-plan, Nickolas Butler signe un portrait poétique et nostalgique du Wisconsin, à l'instar des écrivains américains des grands espaces. Il décrit la beauté de la nature et de sa faune, ces hommes qui cultivent une terre en s'appauvrissant et en s'isolant de plus en plus, leurs villes devenant des villes fantômes.
Voici une belle surprise de cette rentrée littéraire que je découvre avec un peu de retard et qui inaugure une nouvelle année pleine de découverte.  
Retour à Little Wing, Nickolas Butler, Autrement, 2014

Je remercie PriceMinister de m'avoir envoyé ce roman dans le cadre des Matchs de la Rentrée littéraire 2014. Très enthousiaste, je lui attribue un 18/20.

 

mercredi 3 septembre 2014

Fractale ?

Une épouse maintes fois trompée décide de tuer son marie en l’empoisonnant avec son plat préféré : les raviolis. Son plan est mûrement réfléchi, il est infaillible… Et pourtant va-t-il pouvoir être mis à exécution ? 
C’est ce que vous saurez à la fin de ce roman dont les histoires gigognes s’emboîtent les unes dans les autres au point qu’on en oublierait nos raviolis. Oui, mais pas l’auteur ! Avec une imagination débordante non dépourvue d’humour (très noir parfois), il passe de personnages en personnages avec habileté et referme les unes après les autres ces histoires et les questions en suspens. Si une dernière : que veut dire le mot fractale ? Vous le saurez à la fin du livre…
La fractale des raviolis, Pierre Raufast, Alma éditeur, 2014

mardi 3 juin 2014

Célestin Louise, flic et soldat

Célestin Louis, flic à la Brigade criminelle de Paris, part pour le front et se trouve en première ligne avec les autres appelés de 1914. Avec ses camarades, il découvre l’horreur de la guerre dans les tranchées, l’ingéniosité de l’homme pour tuer, la couardise de certains officiers et l’impuissance des généraux qui se trouvent enfermés dans une guerre d’usure. Lors d’une attaque, le lieutenant de Mérange est tué par une balle dans le dos. L’instinct de flic de Célestin ressurgit, il ne laissera pas ce crime impuni. 
Très bien documenté, Bourcy évoque l’enfer des tranchées ainsi que la vie quotidienne de ceux qui sont restés à l'arrière, donnant ainsi un tableau intéressant de la France pendant cette période. Son personnage est dans la grande lignée des héros des romans populaires de l’époque et m’évoque les Rouletabille et autres Arsène Lupin.
D'un tome à l'autre les intrigues sont plus ou moins réussie, cependant c'est à partir du tome 3 Le château d'Amberville que Bourcy trouve son rythme de croisière et signe par la suite les deux meilleures intrigues de sa série Les traitres et Le gendarme scalpé. Il a trouvé des solutions astucieuses pour permettre à son flic de traverser les lignes de combat et d'enquêter, ce qui lui permet de montrer les villages pris au piège par les tranchées, la bataille de Verdun, les hôpitaux militaires, Paris et les gens restés à l'arrière. Les intrigues oscillent entre le policier et l'espionnage sans se répéter.
Cette série est vraiment une réussite car Bourcy montre l'évolution du conflit à travers le regard de Célestin qui change et s'assombrit. Ce dernier comprend très vite qu'il ne pourra jamais expliquer et faire comprendre à ses proches ce qu'il a vécu. 
Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18 T1 à T5, Thierry Bourcy, Gallimard, 2014

samedi 24 mai 2014

Revivre

Célia, à la mort de son mari, est devenu propriétaire d'un bel immeuble de Brooklyn qu'elle a rénové elle-même. Elle a choisi chacun de ses locataires avec soin car elle ne veut pas de vague. Elle aspire à sa tranquillité et au respect de son intimité et attend la même chose de leur part. Lorsque George lui propose Hope comme sous-locataire, le temps de son voyage en Europe, elle accepte, introduisant sans le savoir un élément perturbateur dans sa vie si bien orchestrée.
Célia s'est murée en elle-même depuis que son mari est mort d'un cancer. Elle s'est créée une sorte de prison intérieure dans laquelle elle ne fait plus entrer personne et se berce de ses souvenirs avec son mari, précieux trésors qu'elle entretient pour garder en elle une image vivante de ce dernier. Hope, quant à elle, vient de quitter l'homme avec lequel elle a construit sa vie. Blessée, elle entame une liaison destructrice avec un ami d'enfance. Son parcours a un écho intime avec celui de Célia qui baisse la garde et commence à s'intéresser à la vie de ses locataires.
Ayant maintenu si longtemps ses distances avec eux, Célia finit par pénétrer dans leur intimité, à visiter leurs appartements quand ils sortent, à connaître certains secrets. Elle reprend peu à peu goût à l'existence et redécouvre les petits bonheurs de la vie. Elle réalise qu'elle a besoin des autres dans son existence et revient au monde lentement sans pour autant renier ses amours anciennes.
Ce livre magnifique rend un hommage évident à Herman Melville et un autre plus discret à Virginia Woolf. Le cours des pensées de Célia au gré de la journée, de ses activités, des sensations n'est pas sans rappeler un certaine Mrs Dalloway. Amy Grace Lloyd aborde avec profondeur et sans tabou des thèmes comme le deuil, l'amour, le sexe. Elle analyse les sentiments avec finesse avec une écriture très poétique. Je me suis vraiment laissée porter par ce très beau premier roman que je conseille sans réserve.
Le bruit des autres, Amy Grace Loyd, Stock 2014


Un livre que j'ai reçu dans le cadre d'un partenariat entre les éditions Stock et Libfly. Merci beaucoup !