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dimanche 3 janvier 2016

Faust revisité

Le romancier Conner Joyce et le journaliste Adam Langer se sont rencontrés, il y a quelques années,  alors qu'Adam faisait un portrait de Conner dans sa revue Lit.. Alors que Conner n'a plus tellement de succès, il recroise Adam lors d'une tournée de promotion et renoue le contact avec lui au point d'en faire peu à peu le confident d'une histoire incroyable. Conner s'est vu proposer un contrat fabuleux ; écrire pour un seul lecteur, Dex Dunford, un livre qui ne sera jamais publié. Ce livre rejoindra une collection particulière où de très grands auteurs comme Pynchon, Salinger ou Mailer sont représentés. Dex, Mephisto moderne, ne va-t-il pas entraîner Conner dans un engrange infernal ?
Le contrat Salinger est un bon thriller autour de la littérature américaine et du milieu de l'édition. C'est une véritable déclaration d'amour  à quelques grands noms de la littérature comme Salinger ou Harper Lee et un méchant coup de griffe à l'égard du monde de l'édition qui pense rentabilité, marketing - L'édition sans éditeurs d'André Schiffrin m'est revenu en tête à la lecture de certaines pages. Les révélations s'enchaînent jusqu'à une mise en abyme finale des plus réussies. Je dois avouer que ce roman est une excellente surprise.
Le contrat Salinger, Adam Langer, Super 8 éditions, 2015

mardi 3 juin 2014

Célestin Louise, flic et soldat

Célestin Louis, flic à la Brigade criminelle de Paris, part pour le front et se trouve en première ligne avec les autres appelés de 1914. Avec ses camarades, il découvre l’horreur de la guerre dans les tranchées, l’ingéniosité de l’homme pour tuer, la couardise de certains officiers et l’impuissance des généraux qui se trouvent enfermés dans une guerre d’usure. Lors d’une attaque, le lieutenant de Mérange est tué par une balle dans le dos. L’instinct de flic de Célestin ressurgit, il ne laissera pas ce crime impuni. 
Très bien documenté, Bourcy évoque l’enfer des tranchées ainsi que la vie quotidienne de ceux qui sont restés à l'arrière, donnant ainsi un tableau intéressant de la France pendant cette période. Son personnage est dans la grande lignée des héros des romans populaires de l’époque et m’évoque les Rouletabille et autres Arsène Lupin.
D'un tome à l'autre les intrigues sont plus ou moins réussie, cependant c'est à partir du tome 3 Le château d'Amberville que Bourcy trouve son rythme de croisière et signe par la suite les deux meilleures intrigues de sa série Les traitres et Le gendarme scalpé. Il a trouvé des solutions astucieuses pour permettre à son flic de traverser les lignes de combat et d'enquêter, ce qui lui permet de montrer les villages pris au piège par les tranchées, la bataille de Verdun, les hôpitaux militaires, Paris et les gens restés à l'arrière. Les intrigues oscillent entre le policier et l'espionnage sans se répéter.
Cette série est vraiment une réussite car Bourcy montre l'évolution du conflit à travers le regard de Célestin qui change et s'assombrit. Ce dernier comprend très vite qu'il ne pourra jamais expliquer et faire comprendre à ses proches ce qu'il a vécu. 
Célestin Louise, flic et soldat dans la guerre de 14-18 T1 à T5, Thierry Bourcy, Gallimard, 2014

samedi 18 mai 2013

Les tueurs récréatifs


Quels liens existent entre une mère et ses filles sauvagement assassinées et dont les corps ont été placés et disposés en une représentation macabre ; Elmer, un jeune garçon, qui découvre avec son chien les ossements d'une petite fille enterrés dans un bowling désaffecté et des jeunes filles qui se font enlever, violer et tuer par des hommes conduisant un van ?
Sonatine s'est fait une spécialité de déterrer des romans américains au passé sulfureux. Les méthodes d'investigation de la police d'un rare réalisme avait valu à son auteur des ennuis judiciaires puisqu'il fut contraint par le FBI a dévoilé ses sources. Publié en 1992, il ne nous parvient qu'aujourd'hui ce qui lui fait perdre un peu de son intérêts pour ce qui est du versant policier. Par contre toutes les analyses faites sur la psychologie des serials killers m'a autant captivé que l'excellent Au-delà du mal de Shane Steevens, qui reste pour moi une référence incontournable.
L'intrigue est très dense et les histoires éparses qui ne semblent pas avoir de liens entre elles le sont de fort belle manière. L'analyse qui est faite des tueurs dits récréatifs est à la fois passionnante et glaçante. On est immergé par la violence et les motivations parfaitement tordues de ces meurtriers qui justifient leurs actes à l'aune de leurs propres règles. Sans verser dans l'hémoglobyne, l'auteur ne nous épargne pas. Malgré quelques petites longueurs, ce livre fait partie des bons romans du genre.
IL, Derek Van Arman, Sonatine, 2013

lundi 6 mai 2013

Amnésie vertigineuse


Christine a 47 ans et souffre depuis une vingtaine d'années d'une grave amnésie. Tous les matins, elle se réveille sans aucun souvenir de  sa vie et tous les jours, Ben, son mari, lui réexplique les événements essentiels de sa biographie qu'elle oubliera à nouveau durant la nuit. Alors que le même rituel quotidien s'effectue, elle reçoit l'appel d'un certain docteur Nash. Chaque jour, il lui dit où trouver son journal et lui demande de le poursuivre. Peu à peu, elle se rend compte qu'entre ce qu'elle relit et ce que son entourage lui rapporte des éléments ne se recoupent pas. Christine commence à douter et se raccroche désespérément aux quelques bribes de souvenirs qui lui reste pour faire la lumière sur son passé.
Cet excellent thriller se lit tambour battant. J'ai fini par deviner ce qui avait bien pu lui arriver avant le clap de fin. Le livre est plutôt bien fait mis à part quelques incohérences (une femme qui a tout oublié et qui sait se servir d'un ordinateur de façon innée...). Il n'en demeure pas moins un bon bouquin pour se changer les idées.
Avant d'aller dormir, S.J. Watson, Sonatine, 2012

mercredi 13 février 2013

Des bleus à l'âme

Fin de la trilogie du commandant Camille Verhoeven, Sacrifices met un terme aux évènements qui avaient débuté quatre ans plus tôt dans Travail soigné. A la fin de ce tome, Verhoeven perdait sa femme Irène dans des circonstances horribles. Alex, second tome de la trilogie, racontait son retour parmi les vivants et sa rencontre avec une jeune femme, Anne. Cette dernière est le personnage principal de cet ultime opus. Elle assiste au braquage d'une bijouterie et échappe de peu à la mort. Verhoeven va tout risquer pour traquer les responsables, quitte à ruiner sa carrière.
Pierre Lemaître a un art du rythme et du tempo qui font de ses livres un régal. Il est toujours attentif à la dimension psychologique de ses personnages et démonte les mobiles et les ressorts des actions de chacun. Verhoeven finit par faire le deuil de son épouse et fait la paix avec ses vieux démons. Le livre est réussi mais j'ai préféré les précédents qui étaient plus originaux. Il permet néanmoins de clore sur une note d'espoir le destin tourmenté du commandant Verhoeven.
Sacrifices, Pierre Lemaître, Albin Michel, 2012

jeudi 20 septembre 2012

Fuite éperdue

A sept ans, Lilia est enlevée par son père dans d'étranges circonstances. Pendant dix ans, ils ne vont cesser de parcourir les Etats-Unis changeant de nom, d'apparence afin d'échapper à la police et au détective privé que la mère de la petite fille a lancé à leur trousse.
Quelques années plus tard, à New York, Eli accueille Lilia chez lui. Tous deux partagent une passion commune pour les langues et tout ce qu'elles peuvent véhiculer comme sentiments et pensées. Un jour, Lilia part. Elle avait prévenu Eli qu'elle ne s'installait jamais longtemps dans un même lieu. Le jeune homme tente de la retrouver à Montréal où il sait qu'elle se trouve grâce à Michaëla qui semble détenir la clef du passé de Lilia.
Ce roman noir à l'atmosphère évanescente est d'une rare profondeur. Les failles et les motivations de chaque personnage y sont décrites avec une grande finesse psychologique. Le passé fragmenté de Lilia réunit autour d'elle les différents protagonistes que sa folie douce fascine. Son goût des listes et des mots, son besoin éperdu de fuir sans jamais se retourner. Chaque narrateur nous raconte Lilia, son influence sur sa vie, et nous permet de renouer les fils de son histoire.
Dernière nuit à Montréal, Emily St. John Mandel, Rivages, 2012

jeudi 26 avril 2012

Orange pressée

Carole Mathieu est le médecin du travail d'une plateforme d'appels de Valence. Tous les jours, elle voit défiler des hommes et des femmes sur le point de craquer. Pertes de poids ou de cheveux, troubles du sommeil ou gastriques, tous sont écrasés par une pression managériale inhumaine. Ils ne sont que des pantins que l'on place ou déplace selon les besoins de l'entreprise. Devant son impuissance à les aider, Carole finit elle aussi par franchir la ligne rouge. Elle ne plus soigner Vincent son patient, alors elle décide de le tuer, pour abréger ses souffrances...
Marin Ledun montre les dérives du management dans le tertiaire. Rentabilité, flicage, la moindre minute doit être dévolue à l'entreprise. Dans ce modèle, il y a bien plus de sanctions que de valorisation de la personne. Tout est fait pour nier et déshumaniser l'individu. Les employés comme les managers sont stressés et en grande souffrance psychologique et morale. La solidarité entre collègues s'efface pour laisser place à un individualisme toujours plus grand qui accentue encore la solitude de chacun.
Autre constat terrifiant, c'est que la médecine du travail n'est pas armée pour lutter contre ces entreprises. Le docteur Mathieu importune la hiérarchie et la direction mais elle n'a pour armes que des recommandations et des arrêts maladie. Elle perd les pédales lorsqu'elle se rend compte qu'elle est impuissante du point de vue professionnel, humain, médical et juridique. Carole Mathieu est aussi malade que ses patients et sombre dans l'enfer ne tenant que grâce aux médicaments et à sa rage.
Ce roman d'une noirceur absolue, mené tambour battant et de manière implacable, s'est révélé une grosse claque dans la figure. J'ai appris beaucoup de choses au passage sur la médecine du travail et ses mécanismes. Quant aux pratiques managériales de certaines entreprises, elles font froid dans le dos.
Les visages écrasés, Marin Ledun, Seuil, 2011

jeudi 8 mars 2012

Percutant !

2009. Georges Crozat, alias le Mur, est boxeur amateur le soir et policier municipal le jour. Pour améliorer l'ordinaire et se payer des prostituées, il accepte de passer à tabac des inconnus pour de l'argent. 
1957. Pascal Verini, dit le Marin, est contraint de partir en Algérie sous les drapeaux. Sous le coup d'une sanction disciplinaire, il est envoyé dans un lieu appelé la Ferme où des hommes sont amenés pour y être interrogés...
Deux destins à deux époques différentes qui finissent par se réunir autour d'un troisième protagoniste le Kabyle. Habilement construit, ce roman noir aborde le thème de la violence et de la douleur physique. En tant que boxeur, Crozat l'accepte pour la pratique de son sport mais il finit par abandonner le noble art pour n'être qu'un simple exécuteur des basses oeuvres. Le Mur ne se pose pas trop de questions jusqu'au jour où on lui demande de tabasser un vieil Kabyle qu'il ne peut se résoudre à toucher. 
Cette souffrance qu'il inflige à ses victimes, c'est également celle que subissent les hommes torturés dans la cave de la Ferme en Algérie. La torture n'est jamais décrite, elle est toujours évoquée pesant comme une chape de plomb sur les occupants de ce lieu. Verini tente de ne pas sombrer dans la folie entre les cris des prisonniers, les vexations des bourreaux parce qu'il refuse avec quelques camarades de participer à la torture.
Reste la question de l'après. Que fait-on de sa vie après avoir vécu ou subi ces événements ? Le Mur se prépare à un dernier combat qui pourrait bien être le dernier ; le Marin a voyagé toute sa vie pour oublier cette sale guerre, alors que le Kabyle a écrit des livres pour se souvenir, rompre le silence et dénoncer ce qui s'est passé.
Le mur, le Kabyle et le marin, Antonin Varenne, Viviane Hamy, 2010

mardi 25 octobre 2011

Aux origines du noir

Le narrateur, détective privé anonyme travaillant pour la Continental Op, est envoyé dans la ville de Personville dans le Montana. Il n'a pas le temps de rencontrer David Wilson, l'homme qui l'a engagé car ce dernier est retrouvé abattu dans la rue. Le détective va voir le père de la victime, le vieil Elihu Wilson, le maître de la ville. Ce pouvoir lui est contesté par ceux qu'il avait employés pour réprimer les grève locales. Ces truands refusent de quitter la ville et ont commencé à développer leurs propres trafics. Le vieil homme charge le détective de faire place nette quelques soient les méthodes employées...
Cette nouvelle traduction rend justice au texte de Dashiell Hammett. Les phrases sont lapidaires, le texte sans fioritures inutiles, le vocabulaire comme les titres de chapitre toujours concis et précis pour décrire une situation ou un personnage. Cette neutralité de ton rend encore plus crue la violence de cet univers. Les habitants de la ville ne l'appellent pas Personville mais bien Poinsonville car elle est gangrenée par la corruption, les magouilles et les trafics en tout genre. Hammett nous donne à voir une Amérique profonde où le pouvoir et la pègre sont de mèche pour mettre en coupe réglée les petites villes et les organisations syndicales. Pour attaquer le mal à la racine, le détective ne s'encombre pas de principes moraux et entame sa sanglante moisson. Il se faut de peu que lui aussi ne sombre définitivement dans cet engrenage infernal. En tant que lectrice, j'ai été happée par cette mécanique infernale qui a donné ses lettres de noblesse au roman noir.
Moisson rouge, Dashiell Hammett, Gallimard, 2009

mardi 13 septembre 2011

On the road again

Tout bascule un sombre jour pour Roy Caddy. Il apprend qu'il est atteint d'un cancer et son patron, un caïd de la Nouvelle-Orléans, l'envoie sur un sale coup pour le faire disparaître. Roy ne veut pas mourir et dans sa fuite, il entraîne la jeune prostituée Rocky qu'il a sauvée du massacre. Vite rejoints par la petite soeur de cette dernière, ils partent pour Galveston, une ville balnéaire auréolée de vieux souvenirs de Roy.
Le récit est habilement construit alternant la cavale et la vie de Roy vingt ans plus tard. C'est de cette tension permanente entre ce que nous ne savons pas encore du passé mais dont nous voyons certains effets dans le présent que naît toute la dynamique de ce livre qui se lit d'un trait. Tous les ingrédients du noir sont présents, presque un peu trop à mon goût car Pizzolatto n'évite pas l'écueil de certains clichés. Néanmoins, j'ai eu plaisir à suivre l'histoire d'un homme qui décide de rompre le cercle de la violence dans lequel il a toujours vécu pour sauver deux êtres.
Galveston, Nic Pizzolatto, Belfond, 2011

samedi 2 juillet 2011

Tragédie grecque en terres australes

Jack Fitzgerald est entré dans la police après la disparition mystérieuse de sa femme et de sa fille sur l'île du Sud en Nouvelle-Zélande. Vingt-cinq ans plus tard, il est devenu un des meilleurs flics d'Auckland mais son désespoir et sa colère ne se sont pas pour autant éteints. Une jeune femme est retrouvée morte sur la plage mutilée. Les conditions de sa mort sont identiques à une affaire ancienne sur laquelle a travaillé la criminologue Ann Waitura, qui accompagne Fitzgerald dans son enquête.
L'intrigue repose sur Jack Fitzgerald, un personnage éminemment charismatique et torturé. Hanté par la disparition de sa femme et de sa fille, il est désespéré, violent et dépasse sans cesse les limites. Il y a un véritable souffle dans ce roman qui est d'une rare noirceur et se termine par une véritable hécatombe. Je suis restée un peu sonnée à la fin de ma lecture. Ce livre m'a laissé une forte impression tant sa mécanique est implacable.
Haka, Caryl Férey, Folio, 2003

mardi 28 juin 2011

Les croyances ont la peau dure


Valentine Vendermot hésite à franchir les portes de la Brigade criminelle pour demander son aide au commissaire Adamsberg. Il est difficile d'expliquer à quelqu'un que Lina, sa fille, a vu passer la nuit, dans la forêt d'Alance, l'Armée furieuse aussi appelée la Mesnie Hellequin. Ce cortège étrange composé de mort-vivants vient depuis le XIe siècle s'emparer des hommes dont les crimes sont restés impunis. Lina a reconnu des hommes du village d'Ordebec et l'un d'eux a déjà disparu... Délaissant une enquête sur la mort d'un grand industriel qui commence à sentir le roussi, Adamsberg part pour la Normandie.
Fred Vargas mène de front deux affaires : l'une est ancrée dans le monde contemporain tandis que l'autre baigne dans ce fonds de peurs ancestrales si chères à l'auteur. Sans avoir de liens réels entre elles, elles sont imbriquées de manière assez habile. De nouveaux personnages savoureux font leur apparition comme la vielle Léo et l'étonnante fratrie Vendermot. Quant au personnage de Zerk (apparu dans Un lieu incertain, mais je n'en dirais pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui ne l'ont pas lu), il commence à prendre de l'épaisseur, mais j'aurais aimé que ses liens avec le commissaire soient un peu plus approfondi. Quoiqu'il en soit, ce dernier opus de Vargas est vraiment très bon !
L'armée furieuse, Fred Vargas, Viviane Hamy, 2011

samedi 11 juin 2011

Un roman noir gothique

Adamsberg et Danglard sont invités à Londres pour suivre un colloque professionnel. Rien de bien passionnant pour le commissaire surtout si on ne comprend pas un traître mot d'anglais et que l'on dépend de son adjoint pour toute forme de communication verbale. C'était sans compter une visite surprise dans le fameux cimetière de Highgate où dix-sept pieds d'hommes et de femmes fraîchement décongelés et pourvus de chaussures de fabrication française et serbe sont déposés devant l'entrée...
Fred Vargas s'intéresse beaucoup aux mécanismes des peurs collectives. Elle avait abordé par le passé la bête monstrueuse, la peste, et cette fois-ci, elle s'attaque au mythe du vampire dans son berceau d'origine les Balkans. Les croyances ancestrales et les peurs qu'elles engendrent sont à l'origine des meurtres sanglants auxquels sont confrontés la brigade. Ce côté anthropologique est un des aspects de l'oeuvre de Vargas qui m'intéresse le plus, d'autant qu'elle parvient à l'insérer et à l'utiliser habilement dans le cadre de la fiction. Clin d'oeil réussi à Bram Stocker !
Un lieu incertain, Fred Vargas, Viviane Hamy, 2008

jeudi 2 juin 2011

La fontaine de jouvence

Tout commence par une de ces intuitions dont le commissaire Adamsberg a le secret : pourquoi des hommes, qui viennent d'être proprement égorgés suite à un probable règlement de compte entre dealers, ont-ils de la terre sous les doigts ? Qui a bien pu les engager pour ouvrir et refermer discrètement une tombe sans rien prendre au premier abord ? Tels sont les premiers éléments de cette nouvelle intrigue dont les fils sont ténus et pourtant savamment entrelacés. 
Plus que jamais  le roman fleurte avec le fantastique sans pour autant verser dans l'irréalisme le plus total. Fred Vargas, tel un funambule, reste sur son fil et ne le perd pas. Jamais avare de nouveaux personnages, elle introduit celui du lieutenant Veyrenc de Bilhc qui a la fâcheuse habitude de ne s'exprimer qu'en alexandrins ! Les jeux avec les mots et avec notre langue sont encore au rendez-vous. Un bon cru !
Dans les bois éternels, Fred Vargas, Viviane Hamy, 2006

samedi 21 mai 2011

Pelleter les nuages

Le commissaire Adamsberg s'apprête à partir au Canada avec son équipe pour un stage sur les nouvelles techniques d'investigation, lorsque un vieux démon surgit du passé. Une jeune fille est retrouvée morte, frappée par trois coups de poinçons. Pour Adamsberg, aucun doute n'est possible, le tueur au trident a de nouveau frappé. Il va enfin pouvoir faire  la lumière sur le meurtre de la fiancée de Raphaël, son frère. Reste un problème de taille et non des moindres : l'assassin est mort depuis vingt ans...
Un grand cru qui se consomme sans modération ! La langue de Fred Vargas est merveilleuse et teintée de québécois, c'est un pur régal. Elle creuse le personnage d'Adamsberg qui est en proie au doute et révèle ses faiblesses ce qui le prend profondément humain. Ses personnages secondaires sont toujours aussi réussis, pleins de ressources et très attachants.
Sous les vents de Neptune, Fred Vargas, Viviane Hamy, 2004

jeudi 19 mai 2011

La vengeance est plat qui se mange froid

Alex, une jolie jeune femme, se fait enlever dans la rue. Elle est séquestrée dans des conditions abominables par un homme qui veut la voir mourir. Le commissaire Camille Verhoeven est chargé de l'affaire. Contre son gré, il revient sur le devant de la scène après les sombres événements de Travail soigné.
Si vous pensez aborder un thriller tout ce qu'il y a de plus conventionnel, détrompez-vous ! Les rebondissements sont nombreux et inattendus, et c'est la grande force de Pierre Lemaitre dont les intrigues sont toujours très bien construites. Certaines scènes pourront être trop violentes pour certains, néanmoins le coup de théâtre final est réussi. 
Alex, Pierre Lemaitre, Albin Michel, 2011

Voir Berlin et survivre

De 1936 à 1947, Bernie Gunther, ancien policier de la Kripo devenu détective privé, tente d'exercer son métier de son mieux dans le Berlin nazi. Trois romans, trois enquêtes avec des cadres historiques bien plantés : les Jeux Olympiques, la nuit de Cristal, Berlin et Vienne en ruines, objets de toutes les convoitises. Témoin cynique et impuissant, Gunther essaye de survivre et n'échappe pas à certaines compromissions, mais malgré la tourmente, il préserve certaines valeurs humaines.
Philip Kerr décrit très bien l'ambiance angoissante de ces années noires ainsi que la mécanique implacable qui se met en place. L'atmosphère de l'après-guerre, les prémices de la Guerre Froide, la difficile reconstruction d'un pays exsangue sont également bien rendus. C'est cette dimension historique qui fait la force de cette trilogie, car du point de vue des intrigues, seule La pâle figure est vraiment aboutie. L'été de cristal a une trame un peu trop prévisible et le Requiem allemand relève davantage du roman d'espionnage que du roman noir.
 Philip Kerr, Trilogie Berlinoise, Livre de Poche, 2010