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mardi 4 mars 2014

Substituts

Dans un univers post-apocalyptique, les Substituts ont été réduits en esclavage par les Hauts. Contrôlés par des implants, leurs apprentissages, leurs connaissances et leur mémoire sont régulés voire effacés. Rien ne leur permet d'échapper à leur destin, pourtant Kia, à ses 14 ans, découvre le monde des Hauts ainsi que sa faculté à poser des questions et à apprendre. Qu'a-t-elle donc de si particulier ?
L'univers dans lequel évolue Kia se répartit entre les Hauts, les Subs et les habitants du quartier Noir qui sont affectés des suites du cataclysme qui s'est produit par le passé. Ils sont malades ou souffrent de mutations génétiques. Peu à peu, on découvre pourquoi les Subs ont subi ce sort et pourquoi ils sont réduits en esclavage, privés de savoir et de connaissance.
L'idée de départ est intéressante mais sa mise en place est laborieuse. J'ai trouvé que le livre mettait du temps à démarrer. Il répond aux conventions de la dystopie mais j'aurais aimé que cette société soit plus décrite et fouillée. C'est à mon sens le problème de beaucoup de romans du genre qui partent sur de bonnes idées qui ne sont pas creusées. Aimant beaucoup l'auteur, je prendrais le temps de lire la suite car je suis curieuse de savoir de quelle façon il fera évoluer son histoire.
Les substituts, Johan Heliot, Seuil 2014

dimanche 30 juin 2013

Il faut parfois savoir se révolter

Méto vit dans un lieu que l'on nomme la Maison. Sa vie, ainsi que celle des 63 garçons, est réglée par les leçons et les activités sportives. Il ne connaît rien du monde extérieur et doit obéir aux règles étranges qui régissent la Maison. On lui confie l'initiation du petit Crassus qui remplace un des grands qui a disparu. A leur arrivée, les enfants ne savent plus rien de leur passé ; leur départ est tout aussi étrange et vers quel destin ?
Méto est un garçon qui tient tête aux Césars détenteurs du pouvoir en ces lieux. Ils font pression sur le groupe et le manipule par la peur. Afin de réduire toute tentative de révolte, des mouchards sont choisis et trahissent leurs camarades. Peur et délation telles sont les mécanismes sur lesquels sont fondés cette communauté.
Méto avec l'aide d'autres élèves et d'anciens devenus des esclaves ou des soldats, va fomenter une révolte. Grâce à eux, il découvre que les enfants ont leur mémoire systématiquement effacées et que ceux qui sont devenus trop âgés deviennent des esclaves, des soldats que l'on modifie génétiquement ou des futurs dirigeants maîtres dans l'art de la manipulation.

Cette révolte menée avec détermination par les enfants les plus âgés ne conduit pas à la liberté mais à la reproduction du schéma qu'ils ont subi et qu'ils font subir du coup à leurs autres camarades. Les forces extérieures se rassemblent pour prendre d'assaut la Maison. Méto et ses amis sont blessés pour certains et capturés par les Oreilles coupées, dernier groupe de cette étrange hiérarchie.
La Maison se trouve sur une île appelée Hélios, qui se situe quelque part au sud de la France. Les Oreilles coupées sont des esclaves qui se sont enfuis et se sont regroupés dans les cavernes de l'île. Ils ont tranché le lobe de leur oreille portant l'anneau, symbole de leur condition. Ils pourraient être annihilés par les soldats mais on les laisse survivre pour les utiliser comme cible pour s'entraîner (et vice versa d'ailleurs).
Méto et ses amis sont très mal accueillis par cette communauté où la loi du plus fort prévaut. Là encore, le système de clans est basé sur la violence et la peur. Après de nombreuses découvertes et suite à des trahisons, Méto rejoint le groupe E qui est l'élite des enfants formés sur l'île. Son entraînement et son instruction nous révèle enfin les clefs de ce monde. Je ne vous en dirai pas plus pour vous laisser découvrir la suite...

Dans cette dystopie passionnante, à l'univers glauque et angoissant, la quête de la liberté et de la démocratie ne se fait pas sans heurts. Yves Grevet signe trois excellents livres qui donnent à réfléchir sur la notion de désobéissance civile et le refus de la dictature. Ses romans sont d'autant plus inquiétants qu'il montre avec beaucoup de finesse les ressorts psychologiques liés aux conditionnements. Changer l'ordre établi et proposer un mode de vie démocratique ne vont pas de soi pour ceux qui ne l'ont jamais connue. Très honnêtement, cette série est une des mes meilleures découvertes de cette année et dès que j'en aurais l'occasion, je l'irai les deux tomes de Nox du même auteur.
Méto, tomes 1 à 3, Yves Grevet, Syros, 2008-2010

vendredi 31 mai 2013

Paradis virtuels


Serge est sur la route des vacances avec son fils Goran lorsqu'il est appelé en urgence. En tant que membre du bureau des stupéfiants, il doit se rendre au domicile du gouverneur de la France dont la fille a fait une overdose et se trouve dans le coma. Goran en tombe amoureux aussitôt et n'a de cesse de se procurer cette drogue pour la rejoindre dans l'E-den. Malheureusement, il se trouve lui aussi piégé. Serge, prêt à tout pour sauver son fils, fait sortir de prison Sylvia, une dangereuse scientifique, qu'il avait arrêtée quelques années auparavant. 
Saura-t-elle déjouer les mécanismes de cette nouvelle drogue qui provoque le coma et conduit ceux qui la consomment à rester enfermés dans leur esprit sur un serveur appelé E-den ? Dans ce monde, tout est plus beau, plus fort, plus intense. Des nano-robots agissent sur les zones du cerveau des sensations, de la communication, du rêve et vous rendent accros dès la première prise. C'est la drogue parfaite !
Cet excellent livre autour de la drogue et des mondes virtuels fait froid dans le dos. Les nano-technologies ne sont pas un mythe et rendent cette histoire extrêmement crédible. Ce livre écrit à quatre mains est réussi.
E-den, Mikaël Ollivier et Raymond Clarinard, Thierry Magnier, 2004

lundi 15 avril 2013

Real humans ?

Paris 2060. Tycho Mercier, professeur à l'université et spécialiste de l'histoire du XXe siècle, rentre chez lui et se retrouve nez à nez avec le clone d'Adolphe Hitler ou plutôt AH6, le sixième clone d'Hitler. AH6, Dolfi pour les intimes, est le lot gagnant d'une tombola remportée par l'ex femme de Mercier, qui devient l'heureux propriétaire d'un clone désormais interdit à la fabrication.
Les clones ont fait leur apparition dans la vie quotidienne. Après avoir autorisé le clonage des personnes de leur vivant, la loi permet de cloner celles qui sont mortes depuis plus de 70 ans. Ainsi, Tycho Mercier ne peut s'empêcher d'envier son voisin, heureux propriétaire d'une sublime Marilyn Monroe, compagne et amante de ce dernier. 
Les clones sont des êtres à peine sortis de l'enfance à qui l'on inculque ce que l'on veut. La charmante Marylin a été éduquée pour devenir un objet sexuel tandis que Dolfi, ignorant tout du passé de celui avec qui il partage le même patrimoine génétique, est déconcertant par sa naïveté et son absence de caractère.
Quelle est la conscience d'un clone ? Que sait-il et que peut-il faire ? Ils sont comme des enfants sans conscience de leur vie antérieure. Mercier n'arrive pas à se débarrasser de Dolfi qui est un innocent qui n'a pas demandé à naître. Il le protège à plus forte raison qu'il connaît le sort des clones prohibés que l'on régule - terme officiel pour signifier qu'ils sont tués. Le clone d'Hitler se trouve ainsi dans la position du sous-homme, l'Untermensch, celui qui n'a pas de droits, ni d'éducation, ni la possibilité de procréer (normalement).
Après de nombreuses péripéties, Dolfi est pris en main par une organisation sous la houlette d'un milliardaire nazi, véritable survivant de la chirurgie moderne, qui souhaite voir revivre le Reich avec à sa tête une figure fédératrice et une marionnette entre les mains. Parviendra-t-il à ses fins ?
J'ai beaucoup aimé ce livre intelligent qui pose de nombreuses questions éthiques. Malgré quelques longueurs, je l'ai lu avec grand plaisir. La question des garde-fous revient sans cesse à une époque où nous ne cessons de réaliser des prouesses technologiques. Jusqu'où devons nous aller ? La question reste en suspend.
Dolfi et Marilyn, François Saintonge, Grasset, 2013

samedi 18 juin 2011

Un poème apocalyptique

Syn et Ack, son loup, parcourent les étendus d'un monde dévasté. Les hommes se sont regroupés et ont reformé des communautés avec leurs règles de vie propres : certains sont devenus des troglodytes, d'autres nomades, d'autres encore fouillent les ruines d'une civilisation passée. Ils se protègent  tous des diasols, des robots d'un ancien temps, seuls  vestiges encore actifs de cette époque.
Petites touches par petites touches, nous prenons la mesure de cette univers. La langue est belle et il y a un vrai travail d'écriture et de mise en forme. Les noms latins des chapitres donnent le ton de ceux-ci et apporte une dimension nostalgique. La mélancolie baigne ce livre. Son atmosphère vous imprègne peu à peu et finit par vous submerger. L'intrigue, qui se développe lentement, narre la quête des origines de Syn et la découverte du sort de l'humanité. Une humanité qui doit malgré tout continuer à avancer et se trouve à nouveau à l'heure des choix.
Cygnis, Vincent Gessler, L'Atalante, 2010