lundi 22 juillet 2013

C'est ma vie !


Louis Feyrières doit faire son stage de 3e et ne sait pas à quoi postuler. Sa grand-mère lui propose de dire un mot à Maïté, la patronne d'un salon de coiffure. Elle qui a été boulangère trouve normal que son petit-fils essaie  un métier manuel, ce qui n'est pas du tout du goût de son gendre, un chirurgien qui s'est fait à la force du poignet et qui ne voit dans ce type de métiers qu'une voie de garage pour analphabètes...
Louis n'aime pas l'école et ne souhaite pas suivre la voie royale tracée par son père. L'univers de la coiffure est un choc : il aime le travail et le contact avec la clientèle. Très vite, la coiffure devient une obsession au point qu'il sèche l'école et qu'il ment à ses parents. La réalité le rattrape assez vite. Le principal du collège lui propose un contrat moral : il s'engage à aller à l'école et Maïté accepte de le former les mercredis et samedis. Le seul à ne pas connaître cet arrangement secret, c'est son père. Confronté au conformisme bourgeois dans lequel son père veut l'enfermer, Louis sait ce qu'il veut et avance à sa façon en dehors des sentiers battus. Les études ne font pas tout. Pourquoi s'enferrer dans une voie alors même que l'on peut trouver bonheur et épanouissement ailleurs ? 
J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman pour sa justesse de ton et cette manière qu'à Marie-Aude Murail de démonter les clichés et les idées reçues avec humour.

mercredi 17 juillet 2013

Des bleus à l'âme

Anna, en disant adieu à Guillaume, évoque un annuaire des morts avec les coordonnées de ceux qui nous ont quittés. Cette référence fait resurgir des souvenirs. Guillaume se retrouve submergé par son ancienne histoire d'amour avec Sylvie, surnommée Bulle. Bulle, Guillaume l'a rencontrée à l'hôpital où il se fait soigner pour une fracture. Elle est atteinte de leucémie et se trouve enfermée dans une pièce aseptisée. Guillaume en tombe amoureux au premier regard. Il lui rend visite chaque jour et passe ses nuits au téléphone avec elle.
Ses parents s'en inquiètent, tentent de le raisonner car il se consume de l'intérieur. Il finit par leur céder  ainsi qu'à Bulle, qui un soir lui dit des mots très durs, comme si elle voulait précipiter leur rupture. Sylvie meurt sans que Guillaume soit à ses côtés et il ne se le pardonne pas. Ce très beau texte, à la fois histoire d'amour et de deuil, parle de la difficulté de vivre avec ses souvenirs et de ne pas se laisser emprisonner par eux. Il y a de belles envolées poétiques et certains passages m'ont beaucoup émue.
J'ai suivi la ligne bleue, Christine Féret-Fleury, Le Rouergue, 2005

jeudi 11 juillet 2013

Jeu de pistes


Ginny reçoit par la poste un colis de sa tante adorée Peg qui vient de décéder. Elle y trouve 13 lettres et des règles à respecter. Elle doit partir en voyage avec un sac à dos, rien de plus, ne doit pas emporter de guides, et surtout elle ne peut communiquer avec ses amis que par lettres. Sa tante l'envoie à Londres effectuer sa première tâche. Peg convie sa nièce à un formidable jeu de pistes sur ses traces.
Ginny traverse l'Europe en suivant les directives et les défis de sa tante. Elle fait de nombreuses rencontres en suivant le parcours chaotique de Peg, qui vient d'apprendre qu'elle a un cancer. Cette grande chasse au trésor est amusante même si elle n'échappe pas à bien des clichés sur les pays européens que traversent Ginny. Sans être le livre du siècle, c'est une bonne petite lecture de vacances.
Treize petites enveloppes bleues, Maureen Johnson, Gallimard jeunesse, 2007

vendredi 5 juillet 2013

Vengeance posthume


Hannah Baker s'est suicidée. Avant de se donner la mort, elle enregistre des cassettes sur lesquelles elle raconte son histoire. Sur chaque face, elle s'adresse à une personne en particulier qui lui a fait du mal et qui d'une certaine façon a contribué à sa décision de mourir. Une fois écoutées, la personne doit faire suivre la boîte à celui ou celle qui est mentionné après lui. C'est ainsi que nous rencontrons Clay Jensen au bureau de poste. Il de passer la pire nuit de sa vie et transmet à son tour cet étrange colis.
Hannah décrit les mesquineries, les vengeances entre les élèves du lycée dont elle va être victime. Peu à peu, elle se renferme sur elle-même et se pose de plus en plus de questions sur le suicide. Sa fragilité est telle qu'une soirée fera pencher la balance et la conduira à se donner la mort plutôt que de choisir la vie et l'amour de Clay, qui est le témoin impuissant de cette histoire. Le remord le ronge car il n'a pas sur voir les signes mais comment aurait-il pu la raisonner ? C'est une longue descente aux enfers que raconte Hannah. Toutes ces petites choses qui vous blessent au quotidien, ce sentiment de ne plus appartenir au groupe et de ne plus le souhaiter. Même lorsqu'elle tente d'appeler au secours, elle est confrontée à l'indifférence ou à l'incompréhension. Hannah choisit de tirer sa révérence et de dénoncer la violence qui s'exerce à l'école, comme dans n'importe quel microcosme social, et que certains ne supportent pas.
Treize raisons, Jay Asher, Albin Michel, 2011

dimanche 30 juin 2013

Il faut parfois savoir se révolter

Méto vit dans un lieu que l'on nomme la Maison. Sa vie, ainsi que celle des 63 garçons, est réglée par les leçons et les activités sportives. Il ne connaît rien du monde extérieur et doit obéir aux règles étranges qui régissent la Maison. On lui confie l'initiation du petit Crassus qui remplace un des grands qui a disparu. A leur arrivée, les enfants ne savent plus rien de leur passé ; leur départ est tout aussi étrange et vers quel destin ?
Méto est un garçon qui tient tête aux Césars détenteurs du pouvoir en ces lieux. Ils font pression sur le groupe et le manipule par la peur. Afin de réduire toute tentative de révolte, des mouchards sont choisis et trahissent leurs camarades. Peur et délation telles sont les mécanismes sur lesquels sont fondés cette communauté.
Méto avec l'aide d'autres élèves et d'anciens devenus des esclaves ou des soldats, va fomenter une révolte. Grâce à eux, il découvre que les enfants ont leur mémoire systématiquement effacées et que ceux qui sont devenus trop âgés deviennent des esclaves, des soldats que l'on modifie génétiquement ou des futurs dirigeants maîtres dans l'art de la manipulation.

Cette révolte menée avec détermination par les enfants les plus âgés ne conduit pas à la liberté mais à la reproduction du schéma qu'ils ont subi et qu'ils font subir du coup à leurs autres camarades. Les forces extérieures se rassemblent pour prendre d'assaut la Maison. Méto et ses amis sont blessés pour certains et capturés par les Oreilles coupées, dernier groupe de cette étrange hiérarchie.
La Maison se trouve sur une île appelée Hélios, qui se situe quelque part au sud de la France. Les Oreilles coupées sont des esclaves qui se sont enfuis et se sont regroupés dans les cavernes de l'île. Ils ont tranché le lobe de leur oreille portant l'anneau, symbole de leur condition. Ils pourraient être annihilés par les soldats mais on les laisse survivre pour les utiliser comme cible pour s'entraîner (et vice versa d'ailleurs).
Méto et ses amis sont très mal accueillis par cette communauté où la loi du plus fort prévaut. Là encore, le système de clans est basé sur la violence et la peur. Après de nombreuses découvertes et suite à des trahisons, Méto rejoint le groupe E qui est l'élite des enfants formés sur l'île. Son entraînement et son instruction nous révèle enfin les clefs de ce monde. Je ne vous en dirai pas plus pour vous laisser découvrir la suite...

Dans cette dystopie passionnante, à l'univers glauque et angoissant, la quête de la liberté et de la démocratie ne se fait pas sans heurts. Yves Grevet signe trois excellents livres qui donnent à réfléchir sur la notion de désobéissance civile et le refus de la dictature. Ses romans sont d'autant plus inquiétants qu'il montre avec beaucoup de finesse les ressorts psychologiques liés aux conditionnements. Changer l'ordre établi et proposer un mode de vie démocratique ne vont pas de soi pour ceux qui ne l'ont jamais connue. Très honnêtement, cette série est une des mes meilleures découvertes de cette année et dès que j'en aurais l'occasion, je l'irai les deux tomes de Nox du même auteur.
Méto, tomes 1 à 3, Yves Grevet, Syros, 2008-2010