mercredi 10 août 2011

Aller jusqu'au bout du chemin


Tim Farnworth a tout pour lui : une belle situation dans un grand cabinet d'avocat, une belle maison, une femme aimante. Seule ombre au tableau, ces crises étranges et incontrôlables qui le poussent à marcher jusqu'à l'épuisement. Incapable de canaliser ces accès, Tim met en danger son couple, son avenir professionnel ainsi que sa vie. 
Ce livre est une belle surprise alors même que l'entreprise pouvait être assez risquée. Nous suivons la lutte de Tim et de sa femme contre cette maladie inexplicable qui va les conduire au bord du gouffre. Joshua Ferris analyse de manière fine les incidences sociales et psychologiques que peut avoir une maladie invalidante. Toute la première partie de son livre est remarquable et très bien rythmée. La seconde partie est un peu moins bonne même s'il arrive à distiller quelques rebondissements qui maintiennent l'attention de son lecteur. J'ai été très émue par cette aventure humaine et ce livre est avant tout une très belle histoire d'amour.
Le pied mécanique, Joshua Ferris, J.-C. Lattès, 2011

mardi 2 août 2011

Accabadora

Un petit village sarde dans les années cinquante. Maria Listru est cédée par sa famille, trop pauvre pour l'élever, à Bonaria Urrai, une vieille femme qui n'a jamais eu d'enfant. Devenue la fill'e anima de Bonaria, elle habite désormais la maison de la couturière qui l'envoie à l'école et lui apprend un métier. Quelques fois la nuit, on vient chercher dans le plus grand secret Bonaria, elle est l'Accabadora, celle qui abrège les souffrances des mourants. Seule au village à ignorer le rôle de sa mère adoptive, Maria le découvre dans de sombres circonstances.
Ce beau livre, à la langue belle et limpide, évoque une pratique ancestrale qui n'est autre que celle de l'euthanasie. Celle-ci est admise par la communauté même si elle fait partie des non-dits. Cependant l'Accabadora n'intervient qu'à certaines conditions et ne doit pas laisser son jugement s'obscurcir. Tzia Bonaria vacille lorsqu'elle pense avoir transgressé les limites de ce qu'elle peut faire. Donner la mort, même s'il s'agit de délivrer un malade de ses souffrances, est un acte grave. Les  protagonistes offrent des points de vue différents sur le sujet et permettent de nourrir sa propre réflexion.
Accabadora, Michela Murgia, Le Seuil, 2011

mercredi 20 juillet 2011

Insoutenable solitude

Nestor est pris au piège par une cathédrale de chair, la sienne, qui est aussi le symbole de son désespoir et de sa solitude. Immigré argentin fuyant la dictature, il retrouve à Paris une jeune femme qu'il avait rencontré autrefois et qu'il épouse. La vie reprend plus douce mais elle finit par le meurtrir à nouveau. Nestor ne fait plus rien si ce n'est manger et rendre visite tous les jours à sa femme plongée dans le coma. Il ne parle pas pourtant sa constance finit pas intriguer Alice un médecin de l'hôpital.
Plus proche de la grande nouvelle que du roman, le récit se termine par trois fins alternatives qui offrent une réponse différente à la lecture du texte. Je trouve l'idée intéressante comme j'ai apprécié l'écriture ciselée de l'écrivain. Je reste un peu frustrée car j'aurais aimé que le texte soit plus développé. Les deux personnages principaux sont intéressants mais ils auraient mérité d'être plus exploités car la relation qui naît entre eux apparaît par trop factice et improbable.
Nestor rend les armes, Clara Dupont-Monod, S. Wespieser, 2011 

mercredi 13 juillet 2011

Dis, Maman, c'est quoi le monde ?

Jack est sur le point de fêter ses cinq ans. C'est un petit garçon  qui a les préoccupations de son âge : il se passionne pour les aventures de Dora l'exploratrice et tout ce qui peut être diffusé par Madame Télé. Hormis sa maman, qui occupe une grande place dans sa vie et tout ce qui constitue la Chambre, Jack ne connaît rien du monde extérieur car il est né en captivité. Sa maman prend conscience que l'enfant grandit et que, l'illusion de mener une vie normale qu'elle a entretenue pour Jack, s'effrite devant ses questions incessantes. Il est temps pour eux de se sauver et de retrouver le monde extérieur. 
La narration est assurée par Jack qui évoque ce qu'il connaît soit une chambre de quinze mètres carrés et tout ce qu'elle contient. Le fait que cette tragédie soit exprimée par des mots d'enfant permet de ne pas prendre toute l'horreur de la situation de plein fouet. Jack relate des événements qui entrent dans son système de compréhension du monde. Seuls sa maman et le lecteur mesurent le décalage entre ce qui devrait être mais qui ne l'est pas. La fuite et la (re)découverte du monde extérieur va bouleverser les échelles de valeur de Jack et causer un électrochoc à sa maman. Ensemble, ils vont lutter pour (ré)apprendre à vivre. 
Room, Emma Donoghue, Stock, 2011

samedi 9 juillet 2011

De l'anatomie de l'oursin et autres considérations littéraires


Le narrateur rencontre Azélie lors d'un dîner à Paris. Cette dernière lui propose de venir s'installer dans son château afin de rédiger le catalogue de la somptueuse bibliothèque de la famille. Suivent trois années de souvenirs, de portraits et de petits événements qui viennent pimenter la vie tranquille du narrateur jusqu'à la révélation d'un terrible secret.
L'intrigue se trouve ainsi résumée en quelques lignes car l'intérêt de ce livre ne repose que sur son écriture et les propos du narrateur. Thierry Laget rend hommage à ses maîtres que sont Balzac, Stendhal et Proust. Ce dernier a une influence considérable sur la prose de l'auteur lui donnant un charme suranné entaché d'un brin de pédanterie. Cette écriture introduit un décalage amusant lorsque le narrateur aborde des sujets prosaïques ou directement liés à notre société contemporaine comme un passage en centre commercial. L'ironie sous-jacente donne quelques passages assez bien troussés, je demeure néanmoins sceptique sur certains propos tenus par le narrateur portant aux nues une littérature exigeante. Fort bien, mais en ce cas, une belle écriture, des références culturelles ne suffisent pas à pallier l'absence de profondeur de l'ensemble.
La lanterne d'Aristote, Thierry Laget, Gallimard, 2011 (lu sur épreuves)