samedi 9 juillet 2011

De l'anatomie de l'oursin et autres considérations littéraires


Le narrateur rencontre Azélie lors d'un dîner à Paris. Cette dernière lui propose de venir s'installer dans son château afin de rédiger le catalogue de la somptueuse bibliothèque de la famille. Suivent trois années de souvenirs, de portraits et de petits événements qui viennent pimenter la vie tranquille du narrateur jusqu'à la révélation d'un terrible secret.
L'intrigue se trouve ainsi résumée en quelques lignes car l'intérêt de ce livre ne repose que sur son écriture et les propos du narrateur. Thierry Laget rend hommage à ses maîtres que sont Balzac, Stendhal et Proust. Ce dernier a une influence considérable sur la prose de l'auteur lui donnant un charme suranné entaché d'un brin de pédanterie. Cette écriture introduit un décalage amusant lorsque le narrateur aborde des sujets prosaïques ou directement liés à notre société contemporaine comme un passage en centre commercial. L'ironie sous-jacente donne quelques passages assez bien troussés, je demeure néanmoins sceptique sur certains propos tenus par le narrateur portant aux nues une littérature exigeante. Fort bien, mais en ce cas, une belle écriture, des références culturelles ne suffisent pas à pallier l'absence de profondeur de l'ensemble.
La lanterne d'Aristote, Thierry Laget, Gallimard, 2011 (lu sur épreuves)

samedi 2 juillet 2011

Tragédie grecque en terres australes

Jack Fitzgerald est entré dans la police après la disparition mystérieuse de sa femme et de sa fille sur l'île du Sud en Nouvelle-Zélande. Vingt-cinq ans plus tard, il est devenu un des meilleurs flics d'Auckland mais son désespoir et sa colère ne se sont pas pour autant éteints. Une jeune femme est retrouvée morte sur la plage mutilée. Les conditions de sa mort sont identiques à une affaire ancienne sur laquelle a travaillé la criminologue Ann Waitura, qui accompagne Fitzgerald dans son enquête.
L'intrigue repose sur Jack Fitzgerald, un personnage éminemment charismatique et torturé. Hanté par la disparition de sa femme et de sa fille, il est désespéré, violent et dépasse sans cesse les limites. Il y a un véritable souffle dans ce roman qui est d'une rare noirceur et se termine par une véritable hécatombe. Je suis restée un peu sonnée à la fin de ma lecture. Ce livre m'a laissé une forte impression tant sa mécanique est implacable.
Haka, Caryl Férey, Folio, 2003

mardi 28 juin 2011

Les croyances ont la peau dure


Valentine Vendermot hésite à franchir les portes de la Brigade criminelle pour demander son aide au commissaire Adamsberg. Il est difficile d'expliquer à quelqu'un que Lina, sa fille, a vu passer la nuit, dans la forêt d'Alance, l'Armée furieuse aussi appelée la Mesnie Hellequin. Ce cortège étrange composé de mort-vivants vient depuis le XIe siècle s'emparer des hommes dont les crimes sont restés impunis. Lina a reconnu des hommes du village d'Ordebec et l'un d'eux a déjà disparu... Délaissant une enquête sur la mort d'un grand industriel qui commence à sentir le roussi, Adamsberg part pour la Normandie.
Fred Vargas mène de front deux affaires : l'une est ancrée dans le monde contemporain tandis que l'autre baigne dans ce fonds de peurs ancestrales si chères à l'auteur. Sans avoir de liens réels entre elles, elles sont imbriquées de manière assez habile. De nouveaux personnages savoureux font leur apparition comme la vielle Léo et l'étonnante fratrie Vendermot. Quant au personnage de Zerk (apparu dans Un lieu incertain, mais je n'en dirais pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui ne l'ont pas lu), il commence à prendre de l'épaisseur, mais j'aurais aimé que ses liens avec le commissaire soient un peu plus approfondi. Quoiqu'il en soit, ce dernier opus de Vargas est vraiment très bon !
L'armée furieuse, Fred Vargas, Viviane Hamy, 2011

samedi 18 juin 2011

Un poème apocalyptique

Syn et Ack, son loup, parcourent les étendus d'un monde dévasté. Les hommes se sont regroupés et ont reformé des communautés avec leurs règles de vie propres : certains sont devenus des troglodytes, d'autres nomades, d'autres encore fouillent les ruines d'une civilisation passée. Ils se protègent  tous des diasols, des robots d'un ancien temps, seuls  vestiges encore actifs de cette époque.
Petites touches par petites touches, nous prenons la mesure de cette univers. La langue est belle et il y a un vrai travail d'écriture et de mise en forme. Les noms latins des chapitres donnent le ton de ceux-ci et apporte une dimension nostalgique. La mélancolie baigne ce livre. Son atmosphère vous imprègne peu à peu et finit par vous submerger. L'intrigue, qui se développe lentement, narre la quête des origines de Syn et la découverte du sort de l'humanité. Une humanité qui doit malgré tout continuer à avancer et se trouve à nouveau à l'heure des choix.
Cygnis, Vincent Gessler, L'Atalante, 2010

samedi 11 juin 2011

Un roman noir gothique

Adamsberg et Danglard sont invités à Londres pour suivre un colloque professionnel. Rien de bien passionnant pour le commissaire surtout si on ne comprend pas un traître mot d'anglais et que l'on dépend de son adjoint pour toute forme de communication verbale. C'était sans compter une visite surprise dans le fameux cimetière de Highgate où dix-sept pieds d'hommes et de femmes fraîchement décongelés et pourvus de chaussures de fabrication française et serbe sont déposés devant l'entrée...
Fred Vargas s'intéresse beaucoup aux mécanismes des peurs collectives. Elle avait abordé par le passé la bête monstrueuse, la peste, et cette fois-ci, elle s'attaque au mythe du vampire dans son berceau d'origine les Balkans. Les croyances ancestrales et les peurs qu'elles engendrent sont à l'origine des meurtres sanglants auxquels sont confrontés la brigade. Ce côté anthropologique est un des aspects de l'oeuvre de Vargas qui m'intéresse le plus, d'autant qu'elle parvient à l'insérer et à l'utiliser habilement dans le cadre de la fiction. Clin d'oeil réussi à Bram Stocker !
Un lieu incertain, Fred Vargas, Viviane Hamy, 2008