mardi 10 septembre 2013

Red Hook

Un soir d'été, Val et June, deux adolescentes habitant le quartier de Red Hook, à Brooklyn, décident de se balader un canot pneumatique le long de l'East River, inconscientes du danger. Le lendemain matin, Val est retrouvée par Jonathan, professeur de musique du collège tandis que June reste introuvable. Les habitants du quartier s'intéressent peu à peu à ce fait divers...
Ivy Pochoda évoque l'atmosphère particulière de Red Hook où de nombreuses communautés se côtoient. Les zones résidentielles jouxtent des quartiers pauvres voire des friches industrielles. Cette évocation ne m'a pas touchée, à plus forte raison après l'excellent Triburbia sur le quartier de Tribeca. Quant au suspens que certains ont évoqué dans leur critique, je le cherche. L'histoire est particulièrement linéaire et simple. Une fois présenté tous les protagonistes, vous avez une idée assez claire de ce qui a pu se passer. Je n'ai lu que la moitié du roman, ma lecture était poussive et j'ai décidé de m'arrêter. J'ai regardé le dernier chapitre pour vérifier mon hypothèse de départ qui s'est avéré confirmée et a conforté ma première impression. Je n'ai pas été sensible à l'atmosphère de ce livre ni à ses personnages qui ne sont pas assez incarnés à mes yeux.
L'autre côté des docks, Ivy Pochoda, Liana Levi, 2013

 
Prix Page America 2013

mercredi 4 septembre 2013

Lolita, où es-tu ?

David Lamb rend visite à son père peu de temps avant de l'enterrer. Son mariage part à la dérive, la société qu'il a créée avec son associé ne l'intéresse plus ainsi que sa jeune maîtresse Linnie. Alors qu'il traîne son mal être sur un parking paumé, il croise Tommie, une gamine de 11 ans que ses copines poussent à aborder. La confiance de Tommie, ainsi que ses taches de rousseur, séduisent Lamb qui va l'entraîner dans un long voyage à travers les Etats-Unis, au fin fond des plaines du Middle West.
Présenté comme un nouveau Lolita par les éditeurs, je suis navrée de dire que ce n'est pas le cas. Lamb n'est pas Humbert Humbert et Tommie n'est certainement pas Lolita. Le personnage de Tommie n'a pas la même épaisseur ni la même profondeur que celui de Lolita. Les rapports de force et les enjeux de leur relation ne sont pas les mêmes. Lamb est un très habile manipulateur. Il persuade toujours Linnie et Tommie à faire ce qu'il veut ce qui le rend extrêmement dangereux. Tout au long du livre, la petite fille tente de rentrer chez elle mais elle est toujours retenue d'une manière ou d'une autre par Lamb. 
Plus on avance dans le roman plus il tente de choses. La scène du bain est significative de son pouvoir de persuasion et des doutes qui assaillent l'enfant sur les actes et les attouchements de cet adulte sur elle. Tommie est sauvée grâce à l'arrivée inopinée de Linnie dans la cabane où elle est seule avec Lamb. Ce dernier reporte ses pulsions sexuelles sur la jeune femme sauvant l'enfant d'un drame qui paraissait inéluctable.
Le pouvoir et la domination d'un adulte sur un enfant : c'est ainsi que l'on pourrait résumer ce livre malsain. Il montre les mécanismes psychologiques mis en place par le manipulateur pour obtenir ce qu'il veut. Pour le reste, vous pouvez passer votre chemin et lire le bien plus intéressant Lolita de Nabokov.
Lamb, Bonnie Nazdam, Fayard, 2013


Prix Page America 2013

jeudi 29 août 2013

Des destins chaotiques

Montréal 1996. Grace, psychologue, rencontre Tug dans des circonstances étranges. Alors qu'elle skie, elle tombe sur ce qu'elle pense être une branche et s'avère être Tug qui vient de tenter de se suicider. Attirée par ce bel homme brisé, elle ne tient pas compte de toutes les mises en garde qu'elle distille pourtant à ses patients.
New York 2002. Annie, une ancienne patiente de Grace, est comédienne. Très mal dans sa peau, elle se tailladait le ventre. Lorsque, adolescente, elle tombe enceinte et décide d'avorter, seule Grace est dans la confidence. Quelques années plus tard, elle se retrouve face à Hillary, une adolescente, fugueuse et enceinte.
Montréal 2006. Mitch, ex mari de Grace et lui-même psychologue, a refait sa vie avec Martine et son fils Mathieu, atteint du syndrome d'Asperger. Cette relation est dans l'impasse et il subit un grave échec professionnel avec le suicide de Reeves Thomasie, un jeune inuit qui a perdu sa mère et sa soeur. L'âme en morceaux, il découvre par hasard que Grace a eu un accident de voiture et qu'elle a une petite fille qui s'appelle Sarah.
Le lecteur suit ces trois histoires, à trois époques différentes, avec ces trois personnages qui sont unis par ce même mal être et cette incapacité à retrouver le désir de vivre. Patients ou psychologues, ils ne sont pas épargnés par la vie. Leurs choix, leurs échecs pèsent lourdement dans la balance. Ce roman est assez dur mais assez réussi. 
Inside, Alix Ohlin, Gallimard, 2013


Prix Page America 2013

vendredi 23 août 2013

Petit prince des banlieues

Momo vit avec sa famille à la cité des Bleuets. La directrice de l'école primaire passe voir ses parents pour leur dire qu'il est promis à un bel avenir s'il continue ainsi. Elle lui donne un liste de livres à lire avant d'entrer en 6e. Momo n'avait jamais mis les pieds à la bibliothèque. Peu à peu, il s'y habitue et devient ami avec Souad, la responsable du bibliobus. Sur le banc où il passe ses journées à lire, il rencontre M. Edouard, un vieil instituteur à la retraite. Une grande amitié naît entre eux mais M. Edouard est atteint de la maladie D'Alzheimer et il oublie quelque fois de retrouver le petit prince des Bleuets. Momo, pour la première fois, peut partager ses lectures et ses rêves avec celui qui est devenu son Chambellan. Le livre est construit autour du Petit prince de Saint-Exupéry et de la Vie devant soi de Romain Gary dont les histoires recoupent celle du petit garçon.
Le second tome est beaucoup plus orienté sur la vie de la cité et les conséquences de la mort du père de Momo. Sa mère et sa soeur aînée sont en butte avec Ahmed, qui veut devenir le chef de la famille sans en avoir l'étoffe. Violent, fainéant,  il s'enferre dans un islam radical sans pour autant pouvoir imposer sa loi. C'est en effet une nouvelle voie qui s'ouvre dans les cités après les trafics en tout genre comme le constate Mme Ginette, l'âme de la cité. Aux lendemains de la guerre, la crise des logements faisant rage, ces logements avec tout le confort moderne avaient semblé un Eldorado pour les parents mais la génération qui y est née et qui n'a pu en partir s'est retrouvée dans un gettho de pauvres dont elle ne peut sortir.
J'ai beaucoup aimé le premier tome qui est d'une grande poésie et d'une grande tendresse. Le personnage du petit Momo est très attachant et son attachement au vieux M. Edouard est indéfectible. Le second tome est davantage ancré dans le quotidien et les problèmes auxquels font face la petite communauté des Bleuets. Je trouve que l'on perd un peu de la magie des débuts mais il reste de bonne facture.
Momo, petit prince des Bleuets, Yaël Hassan, Syros, 2006
Momo des Coquelicots, Yaël Hassan, Syros, 2010

dimanche 18 août 2013

Les heures sombres de l'Apartheid

Sam Leroux revient en Afrique du Sud, son pays natal, pour faire l'autobiographie de Clare Wald, un écrivain célèbre, qui a su se faire publier et échapper à la censure tout en critiquant le régime de l'Apartheid. Pourtant Sam et Clare semblent se connaître et attendent des réponses l'un de l'autre. Un véritable bras-de-fer s'engage entre eux entre les faux semblants et les non-dits. Que savent-ils de ce passé qui pèse si lourdement sur leur pays ?
La construction de ce roman est assez déroutante de prime abord. Elle oblige le lecteur à démêler l'écheveau des aux travers des différents chapitres : ceux où Sam parle de lui ; ceux où Clare parle d'elle-même et reconstitue les derniers jours précédant la disparition de sa fille Laura ; ceux appelés Absolution, du nom du prochain roman très autobiographique de Clare ; enfin ceux qui ont des repères chronologiques et nous donnent des éléments factuels sur l'histoire de Sam.
Clare Wald est en quête d'absolution pour ce qu'elle a fait. Elle s'estime responsable de la mort de sa soeur Nora et de son mari, un membre important du parti soutenant l'Apartheid. Fut-elle à l'origine de leur assassinat ou celui-ci était-il déjà prémédité ? Elle ne le saura jamais. Laura, sa fille, est l'autre fantôme qui la hante puisqu'elle s'est engagée dans la lutte armée contre l'Apartheid et qu'elle n'en est jamais revenue. Clare s'en veut d'avoir été une mauvaise mère et surtout de ne pas savoir ce qu'il est advenu de sa fille.
Je n'effleure que certains aspects de cette histoire terrifiante qui connaît de nombreux rebondissements dont Sam détient les clefs. Patrick Flanery nous invite à plonger dans les heures sombres de l'Afrique du Sud. Entre la censure et la lutte armée, il dresse un panorama terrible du pays avant la démocratie mais aussi après. Sam et Clare vivent dans des getthos de riches blancs qui sont des cibles privilégiés  puisqu'ils détiennent encore la majeure partie des richesses. La population noire occupe encore des emplois subalternes et  même si une nouvelle classe moyenne émerge, beaucoup reste en marge, ce qui explique les nombreuses manifestations qui ont eu lieu ces dernières années et les flambées de violence.
J'ai trouvé ce livre intéressant avec cette construction qui multiplie les points de vue et interroge les questions de vérité, de censure et de fiction en littérature. Il y a cependant quelques longueurs et la seconde partie du roman est un peu plus faible compte tenu de l'ambition littéraire du projet. Ce livre ne prend toute sa dimension que si vous lui accorder du temps : le démarrage de l'intrigue est long et le système de chapitres assez déroutant. Sur cinq lectrices dans le cadre du prix Page America, je suis la seule à l'avoir terminé mais je ne l'ai pas regretté !
Absolution, Patrick Flanery, R. Laffont, 2013

 
Prix Page America 2013