jeudi 23 mai 2013

Arrive-t-on jamais à connaître une personne ?

Amine est un chirurgien palestinien qui a fait ses études et exerce en Israël. Il a toujours fait en sorte de ne pas prendre parti dans le conflit israëlo-palestinien et s'efforce de s'intégrer au mieux. Pourtant certains de ses collègues continuent à le rejeter tandis que pour les Palestiniens, il n'est qu'un traître. C'est ce que va lui révéler l'attentat suicide commis par sa femme. Tout ce qui faisait sens pour lui disparaît ; ses quelques certitudes s'effondrent devant l'ampleur de cet acte.
Sihem, sa femme, ne supportait plus la vie qu'elle menait. Alimentant dans un premier temps de ses dons la cause, elle finit par décider d'y prendre une part active jusqu'à mourir pour elle. C'est en quête d'explications qu'Amine retourne à Gaza auprès de sa famille. Confronté à la mort, l'injustice, il défend envers et contre tout la vie, sa vocation de médecin.
Son parcours sur les traces de Sihen en quête de réponses, son retour à ses origines ne m'ont pas totalement convaincue. Le livre est davantage centré sur les états d'âme d'Amine, les rapports qu'il pensait entretenir avec sa femme ou son incapacité à concilier le fait d'être arabe et médecin israëlien, que sur le terrorisme et ses motivations. Ce qui me gêne le plus, c'est la fin qui me fait l'effet d'une pirouette.
L'attentat, Yasmina Khadra, Pocket, 2006

samedi 18 mai 2013

Les tueurs récréatifs


Quels liens existent entre une mère et ses filles sauvagement assassinées et dont les corps ont été placés et disposés en une représentation macabre ; Elmer, un jeune garçon, qui découvre avec son chien les ossements d'une petite fille enterrés dans un bowling désaffecté et des jeunes filles qui se font enlever, violer et tuer par des hommes conduisant un van ?
Sonatine s'est fait une spécialité de déterrer des romans américains au passé sulfureux. Les méthodes d'investigation de la police d'un rare réalisme avait valu à son auteur des ennuis judiciaires puisqu'il fut contraint par le FBI a dévoilé ses sources. Publié en 1992, il ne nous parvient qu'aujourd'hui ce qui lui fait perdre un peu de son intérêts pour ce qui est du versant policier. Par contre toutes les analyses faites sur la psychologie des serials killers m'a autant captivé que l'excellent Au-delà du mal de Shane Steevens, qui reste pour moi une référence incontournable.
L'intrigue est très dense et les histoires éparses qui ne semblent pas avoir de liens entre elles le sont de fort belle manière. L'analyse qui est faite des tueurs dits récréatifs est à la fois passionnante et glaçante. On est immergé par la violence et les motivations parfaitement tordues de ces meurtriers qui justifient leurs actes à l'aune de leurs propres règles. Sans verser dans l'hémoglobyne, l'auteur ne nous épargne pas. Malgré quelques petites longueurs, ce livre fait partie des bons romans du genre.
IL, Derek Van Arman, Sonatine, 2013

lundi 6 mai 2013

Amnésie vertigineuse


Christine a 47 ans et souffre depuis une vingtaine d'années d'une grave amnésie. Tous les matins, elle se réveille sans aucun souvenir de  sa vie et tous les jours, Ben, son mari, lui réexplique les événements essentiels de sa biographie qu'elle oubliera à nouveau durant la nuit. Alors que le même rituel quotidien s'effectue, elle reçoit l'appel d'un certain docteur Nash. Chaque jour, il lui dit où trouver son journal et lui demande de le poursuivre. Peu à peu, elle se rend compte qu'entre ce qu'elle relit et ce que son entourage lui rapporte des éléments ne se recoupent pas. Christine commence à douter et se raccroche désespérément aux quelques bribes de souvenirs qui lui reste pour faire la lumière sur son passé.
Cet excellent thriller se lit tambour battant. J'ai fini par deviner ce qui avait bien pu lui arriver avant le clap de fin. Le livre est plutôt bien fait mis à part quelques incohérences (une femme qui a tout oublié et qui sait se servir d'un ordinateur de façon innée...). Il n'en demeure pas moins un bon bouquin pour se changer les idées.
Avant d'aller dormir, S.J. Watson, Sonatine, 2012

mercredi 1 mai 2013

Un roman américain

Dwayne Koster est un professeur d'université en pleine crise existentielle. A cinquante ans, il se fait piquer sa femme et ses étudiants par un nouveau collègue beaucoup plus séduisant que lui : Alex Danny. De son côté, il a lui aussi une aventure avec une étudiante, Milly Hartway. Chassé de chez lui par sa femme, il sombre dans la dépression et s'enferre dans des histoires louches.
Tanguy Viel nous propose une dissection du roman moderne américain. Il nous présente des clichés, des ingrédients propres à cette littérature et qui en font le sel. Le parti pris qu'il adopte est original puisque le narrateur, qui est également l'auteur, analyse et explique pourquoi il a choisi cet élément narratif plutôt qu'un autre. Là où il est particulièrement habile, c'est que l'analyse très présente au début du livre laisse peu à peu place à la fiction et que le lecteur est véritablement confronté à un roman noir réussi.
Pour la petite histoire, Jim Sullivan est un chanteur américain qui a disparu sans laisser de traces dans le désert du Nouveau Mexique. C'est la fascination de Dwayne pour lui qui donne le titre au roman, mais pas seulement, et ça c'est à vous de le découvrir.
La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel, Ed. de Minuit, 2013

mardi 30 avril 2013

Triangle amoureux


Madeleine se réveille après une soirée passablement arrosée et doit se rendre à la cérémonie de remise des diplômes qui clôt ses années d'études à l'université de Brown, marquées par son amour pour Léonard et sa découverte de Roland Barthes. Si Madeleine est amoureuse de Léonard, Mitchell, lui, est amoureux de cette dernière sans grand espoir de retour. Gentil garçon s'intéressant à la théologie, il ne fait guère le poids face au beau Léonard, si charismatique et si instable...
Madeleine se passionne pour la littérature du XIXe siècle et en particulier pour les romans qui traite du mariage. Les personnages de ces romans sont souvent pris en tenaille entre leurs histoires d'amour et les conventions sociales. Le mariage dans la littérature est la clef de voûte du roman d'Eugenides. Il le développe de manière savante en introduisant des références littéraires toujours bien amenées et qui comparées aux situations de ses propres personnages font sens. Que peut-il bien advenir de Madeleine qui s'éloigne de Mitchell, qui a tout du gendre idéal, et lui préfère Léonard, un jeune homme brillant et dépressif.
J'ai été séduite par le thème du livre mais j'ai été déçue par cette fin d'un classicisme désespérant. J'espérais que le triangle amoureux ne bouclerait pas sa boucle et que Madeleine ne se tournerait pas vers Mitchell, qui est un personnage qui symbolise pour moi les normes de la bonne société. Madeleine en est tout autant imprégnée. Lorsqu'elle apprend la grave dépression de Léonard ainsi que le diagnostique qui en découle, la magnaco-dépression, elle décide de l'épouser par amour et surtout par devoir. Ce n'est que la fuite de Léonard qui lui permet d'envisager de rentrer dans le rang. Evidemment, après avoir disserté pendant près de 500 pages sur le mariage dans la bonne société victorienne, elle pouvait difficilement ne pas tomber amoureuse de Mitchell.
Le roman du mariage, Jeffrey Eugenides, Editions de l'Olivier, 2013