mercredi 18 avril 2012

Votre permis, vous l'avez eu comment ?

Gaspard Koenig a mis dix ans à obtenir son permis ! Objet de moquerie de la part des membres de sa famille qui ne comprennent pas pourquoi il n'a toujours pas passé ce rite initiatique. Certes, un philosophe n'est pas forcément habile de ses mains mais quand même ! Apprendre à conduire fut pour lui l'école de l'humilité mais aussi, bien souvent, source d'humiliation et de déboires avec les moniteurs et les inspecteurs du permis de conduire.
L'auteur dresse un tableau au vitriol du monopole des auto-écoles en France qui s'avère très lucratif comme de la lourdeur administrative qui conduit les candidats à attendre au moins six mois avant de repasser le permis. En comparaison le système anglais est un paradis puisque le candidat choisit son moniteur, fait lui-même ses démarches administratives et que les examinateurs sont un modèle de civilité !
Un petit livre sympa, bien écrit mais une analyse un peu trop intellectualisée à mon goût. C'est bien de porter un regard distancié mais point n'est besoin de multiplier les références à nos chers philosophes et autres penseurs. Déformation oblige, me direz-vous. J'ai eu le sourire au lèvre durant ma lecture, j'ai trouvé certaines remarques pertinentes mais je n'ai jamais ri franchement sur un sujet qui me concerne aussi à plus d'un titre !
 Leçons de conduite, Gaspard Koenig, Grasset, 2012

jeudi 12 avril 2012

Amère solitude

William Hogan a acheté un domaine qu'il peine à entretenir. Pour y parvenir, il travaille semaine et week-end. Sa femme, Mary, lui donne un garçon, Thomas, qu'il juge chétif et malingre et à qui il témoigne peu d'affection. Survient le drame, un accident à la scierie, qui emporte William dans de terribles souffrances. Mary et Thomas se retrouvent seuls.
Dans un trou pommé, au fin fond des Etats-unis, dans les années 1940, il faut se résigner à rester et à ne pas pouvoir échapper à son destin. Comme son père, Thomas éprouve le même mal-être et une violence tapie au plus profond de lui-même qui resurgit de temps en temps. Il passe à côté du grand amour avec Donna, perd son meilleur ami Paul. Incapable d'aimer ou de communiquer, il n'est bien que dans ses terres auprès de sa mère.
Cécile Coulon parvient à créer une tension dramatique dès les premières pages du roman. Sous forme d'ellipses, l'auteur évoque l'arrestation de Thomas, l'arrivée d'un médecin, les hurlements de sa mère. Tout est posé mais que s'est-il passé ? C'est ce qu'elle explique dans ce roman noir intense avec un art consommé de la description et des métaphores. Devant de telles qualités, je ne peux regretter que la concision du récit que j'aurais souhaité plus développé. J'attends avec grande impatience son prochain livre que j'espère tout aussi prenant !
Le roi n'a pas sommeil, Cécile Coulon, Viviane Hamy, 2012

samedi 7 avril 2012

Retour aux sources

Simon a le spleen, il n'a envie de rien. Il ne veut pas se projeter dans la vie et ne veut plus faire de bandes dessinées. Il se contente de petits ateliers dans des écoles au grand désarroi de sa compagne Claire. Invité par un petit festival de BD au Portugal, il se retrouve immergé dans le pays et la langue de ses ancêtres. C'est un électrochoc qui le convainc de tout plaquer, de partir s'installer dans la maison familiale et de retisser des liens avec ses cousins.


  
Le récit s'articule autour de trois points de vue : Simon le fils, Jean le père et Abel le grand-père. Simon renoue avec ses racines par le biais de la langue, des gens qu'il rencontre et de son histoire personnelle. Simon ne découvre rien de mystérieux ni d'extraordinaire, ce sont les choix de son grand-père qui l'ont conduit à rester en France au lieu de rentrer avec son frère. Ne restent que les regrets de ceux qui sont partis et de ceux qui ont perdu leurs racines. L'évolution des états d'âme de Simon, on la suit grâce au beau travail de lavis et d'effets de transparence. On passe ainsi de monochromes assez ternes à la belle luminosité du Portugal. Visuellement, c'est une réussite.


J'avais beaucoup aimé Trois ombres, l'album qui a fait connaître Pedrosa du grand public. Je le préfère pour son parti pris graphique et le travail de la ligne. Son sujet m'avait plus émue puisque l'auteur abordait la mort et sa fatalité. Il parlait d'un père et de son fils qui s'en vont sur les chemins pour échapper au destin. Portugal est un album de qualité. On sent que le thème du retour aux origines touche Pedrosa personnellement mais j'y ai été moins sensible. En tout cas, c'est un bon album que je ne peux que conseiller pour sa beauté plastique et pour tous ceux qui souhaitent un voyage ensoleillé !
Portugal, Cyril Pedrosa, Dupuis, 2011

mardi 27 mars 2012

La chasse au papillon

Pour soigner sa mélancolie, le jeune poète Masaki part en voyage dans le sud de Kyôto. Durant sa marche, il est captivé par un magnifique papillon bleu qui l'entraine au loin. Mordu par un serpent venimeux, il est recueilli par un moine bouddhiste qui a construit son ermitage au coeur des montagnes. Dans ce lieu à l'atmosphère si particulière, Masaki rêve toutes les nuits d'une belle jeune femme faisant sa toilette au clair de lune. Il perd la notion du temps et finit par se voir en plusieurs lieux si bien que la frontière entre le rêve et la réalité finit par se brouiller.
Le papillon bleu invite le poète comme le lecteur à pénétrer dans l'univers de ce récit mystérieux et poétique. Ce livre est d'autant plus habile qu'il fait se rencontrer la figure du poète romantique avec le conte fantastique japonais. Ainsi Masaki est hanté par l'idée de la mort et de l'amour qu'il voue à cette étrange jeune femme portant le poids d'une sombre malédiction. En quête d'absolu, il pressent que cet amour pourrait lui permettre d'atteindre cet instant sublime et pur auquel il aspire. 
Ce beau livre a ravivé mes souvenirs de Kwaidan de Kobayashi ou des Contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi. On y retrouve cette ambiance avec une petite touche de romantisme en plus. Au final, un récit que j'ai trouvé inspiré et poétique, mêlant habilement traditions occidentales et orientales. Voici un jeune écrivain que j'aurais plaisir à suivre.
Conte de la première lune, Hirano Keiichirô, P. Picquier, 2007

vendredi 16 mars 2012

Le démon qui sommeille en moi

Confession d'un masque relate l'enfance et l'adolescence du narrateur qui découvre peu à peu son attirance pour les hommes ainsi que la nécessité de se dissimuler derrière le masque des conventions. Il décortique toute son enfance et son adolescence, fait le récit de ses premières amours pour des garçons, de ses premiers émois sexuels. Refoulant son homosexualité, il tente par tous les moyens de rentrer dans un cadre conforme aux attentes de la société. Pour faire comme les autres, il fait la cour à Sonoko, la soeur d'un de ses amis. Il finit par masquer ses sentiments et s'aveugle volontairement.

Cette confession m'a mise très mal à l'aise car, malgré sa souffrance d'être différent, je trouve ce personnage malsain et morbide. Son goût pour le sang, ses tendances sadiques et sa complaisance à analyser le moindre sentiment, la moindre sensation, ont eu raison de moi. Malgré l'intérêt évident de sa réflexion sur les masques sociaux et l'image que nous construisons pour les autres, je ne suis jamais rentrée dans ce livre. De ce texte à caractère autobiographique, je retiens le passage de la première masturbation du jeune homme sur une reproduction du Saint Sébastien de Guido Reni. Cette figure a fasciné Mishima au point de se faire photographier sous cette apparence par Hosoe Heikoh un an avant de se suicider. Je trouve que cette photo résume assez bien l'image que je me fais de ce livre.
Je n'ai pas aimé ce roman ce qui ne veut pas dire que je ne trouve pas l'écrivain intéressant. J'avais adoré Neige de Printemps que j'ai lu voici quelques années déjà et je pense refaire une incursion dans son univers dans un avenir proche.
Confession d'un masque, Mishima Yukio, Folio, 2009