jeudi 2 juin 2011

La fontaine de jouvence

Tout commence par une de ces intuitions dont le commissaire Adamsberg a le secret : pourquoi des hommes, qui viennent d'être proprement égorgés suite à un probable règlement de compte entre dealers, ont-ils de la terre sous les doigts ? Qui a bien pu les engager pour ouvrir et refermer discrètement une tombe sans rien prendre au premier abord ? Tels sont les premiers éléments de cette nouvelle intrigue dont les fils sont ténus et pourtant savamment entrelacés. 
Plus que jamais  le roman fleurte avec le fantastique sans pour autant verser dans l'irréalisme le plus total. Fred Vargas, tel un funambule, reste sur son fil et ne le perd pas. Jamais avare de nouveaux personnages, elle introduit celui du lieutenant Veyrenc de Bilhc qui a la fâcheuse habitude de ne s'exprimer qu'en alexandrins ! Les jeux avec les mots et avec notre langue sont encore au rendez-vous. Un bon cru !
Dans les bois éternels, Fred Vargas, Viviane Hamy, 2006

mercredi 1 juin 2011

L'émergence d'une conscience nouvelle

En 1979, les gallinacés atteignent un nouveau niveau de conscience les rendant capables de penser et de s'exprimer pour le plus grand désarroi de l'humanité. De nos jours, Jake Gallo traîne son spleen ne sachant pas vraiment ce qu'il veut faire de sa vie. Son père Elmer, qui vient de décéder, lui lègue son journal intime dans lequel il raconte son éveil à la conscience et la difficile cohabitation avec les humains.
Conte violent et tragique, le récit de Gerry Alanguilan traite de la ségrégation et du racisme. Du jour au lendemain, ceux qui étaient parqués et élevés pour être consommés deviennent des êtres avec qui il faut compter. Les massacres et les humiliations au nom de la supériorité d'un peuple sur un autre sont dénoncés par l'absurde et avec un dessin précis et réaliste. C'est une lecture étonnante et décapante, qui peut être un contrepoint intéressant à Maus de Spiegelman.
 Elmer, Gerry Alanguilan, Ed. ça et là, 2010

lundi 30 mai 2011

Science sans conscience n'est que ruine de l'âme

Après de brillantes études en chimie, Fritz Haber aspire  aux honneurs et à une grande carrière universitaire. Cependant les embûches sont nombreuses et les déceptions cuisantes pour un juif allemand en cette fin du XIXe siècle. Haber est un être tourmenté par son ambition, son désir d'intégration dans la société allemande et sa judaité qu'il ne peut renier. Autant d'éléments qui éclaire cette biographie d'un prix Nobel de chimie, récompensé pour ses travaux sur les premiers engrais chimiques mais qui est également le père de la guerre chimique moderne. 
Le travail de Vandermeulen est impressionnant à plus d'un titre. Il nous montre un Fritz Haber, confronté aux paradoxes d'une époque, qui exhorte au sentiment national (puisque l'Allemagne s'est fédérée depuis peu) et qui voit le développement du mouvement sioniste ainsi que la montée de l'antisémitisme. L'auteur illustre son propos de nombreuses références littéraires, toujours très pertinentes et introduit au cours du récit comme un leitmotiv Siegfried le grand héros germanique du Ring de Wagner. La mise en page rappelle les films muets avec ces cartons de dialogue insérés dans les cases. Quant au rendu graphique, il est superbe. Vandermeulen maîtrise parfaitement le lavis en sépia auquel il ajoute de l'eau de Javel afin de donner à ses images très réalistes un aspect flou. L'entreprise est passionnante et j'ai hâte d'en lire la suite.
L'esprit du temps, Fritz Haber T.1, David Vandermeulen, Delcourt, 2011

samedi 21 mai 2011

Quand l'utopie est confrontée au crime

Janvier 1914, le cadavre d'un ouvrier fondeur est retrouvé au Familistère de Guise, une utopie socialiste réalisée par Jean-Baptiste Godin, un disciple de Fourrier. Ce meurtre, le premier d'une longue série, déstabilise cette communauté gérée par les ouvriers qui sont à la fois propriétaires et cadres de l'usine. Victor Leblanc, journaliste à l'Humanité, s'intéresse à l'affaire et trouve en Ada Volsheim, membre de la cité ouvrière, une alliée de choix.
L'enquête policière, de facture classique, s'articule bien avec la reconstitution historique d'une expérience unique en son genre. La modélisation du familistère et la description de son organisation interne m'ont beaucoup intéressé. C'est ce cadre et cette communauté vivant en autarcie qui donnent à cette histoire son atmosphère  particulière. Le dessin et les tonalités grises renforcent cette impression.
De briques et de sang, Régis Hautière & David François, KSTR, 2010

Pelleter les nuages

Le commissaire Adamsberg s'apprête à partir au Canada avec son équipe pour un stage sur les nouvelles techniques d'investigation, lorsque un vieux démon surgit du passé. Une jeune fille est retrouvée morte, frappée par trois coups de poinçons. Pour Adamsberg, aucun doute n'est possible, le tueur au trident a de nouveau frappé. Il va enfin pouvoir faire  la lumière sur le meurtre de la fiancée de Raphaël, son frère. Reste un problème de taille et non des moindres : l'assassin est mort depuis vingt ans...
Un grand cru qui se consomme sans modération ! La langue de Fred Vargas est merveilleuse et teintée de québécois, c'est un pur régal. Elle creuse le personnage d'Adamsberg qui est en proie au doute et révèle ses faiblesses ce qui le prend profondément humain. Ses personnages secondaires sont toujours aussi réussis, pleins de ressources et très attachants.
Sous les vents de Neptune, Fred Vargas, Viviane Hamy, 2004